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LACCES
AU DROIT ET LINFORMATION JURIDIQUE DE PROXIMITE
Synthèse
de létude réalisée pour le FONJEP
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LACCES AU DROIT : UN THEME DACTUALITE POUR LES ASSOCIATIONS
Deux constats majeurs ont été faits par la société civile et entendus par les pouvoirs publics ces dernières années :- La justice est trop éloignée de la vie quotidienne. Cet éloignement est très sensible et crucial dans les quartiers populaires ;
- La loi est mal connue de la population, et les citoyens ne sont pas égaux dans la pratique face à la connaissance de leurs droits et de leurs obligations, tandis que le droit sest étendu et complexifié.
La question de lorganisation de laccès au droit et de linformation juridique de proximité est en lien avec les problèmes de société essentiels et les débats publics actuels : lexclusion, la citoyenneté et le rapport à la loi
Depuis dix ans, le cadre législatif a évolué :- La loi du 18 décembre 1998 sur laccès au droit et la résolution amiable des conflits a réformé la loi du 10 juillet 1991, en élargissant le champ dapplication de laccès au droit et en intégrant le droit aux pratiques sociales.
- Le rapport, en mai 2001, de la Commission de réforme de laccès au droit et à la justice, présidée par Paul Bouchet, préconise une refonte complète de laccès au droit et de laide juridique, avec notamment le développement de conventions pluriannuelles assorties de labels et chartes de qualité, régulant laction des associations comme celle qui est coordonnée par les barreaux.
Laccès au droit est donc un thème central, en lien avec les problématiques éducatives et citoyennes.
Les associations déducation populaire, qui sont en prise quotidiennement avec la demande sociale, font de laccès au droit sans nommer ainsi leur action, entraînant ainsi un manque évident de visibilité de celle-ci.
Il sagissait donc, dans le cadre de cette étude, de mettre en évidence le rôle de léducation populaire dans ce domaine.
Si laccès au droit est devenu une problématique importante de lintervention sociale, on peut constater que les associations spécialisées sont dorigine judiciaire (attachées à une juridiction ou fondées par des professionnels du droit). Lun des objets de létude était également détablir ou de renforcer en Île-de-France, le partenariat entre ces associations spécialisées et les associations déducation populaire.
UNE DEMARCHE DE RECHERCHE ADAPTEE AUX OBJECTIFS OPERATIONNELS
Les objectifs de létude :- Améliorer la visibilité des acteurs et des actions ;
- Favoriser la rencontre, créer des " ponts " pour construire une culture commune et travailler ensemble ;
- Capitaliser les expériences menées et les savoirs constitués, et étudier les conditions de transfert dexpériences en vue dorganiser la couverture des territoires.
La méthode employée a été celle de lentretien avec les " têtes de réseau " associatives du secteur social et socioculturel, ainsi quavec des responsables des institutions juridiques et des " personnes ressources " sur laccès au droit.
Par ailleurs, un groupe de travail départemental réunissant des associations déducation populaire de Seine-Saint-Denis a permis une dynamique de réflexion et déchanges.
Enfin, un Comité de pilotage, regroupant les commanditaires de létude et les principaux acteurs concernés, a accompagné les différentes étapes de cette recherche-action.
LES POINTS QUI FONT DEBAT
Comment concilier le droit des uns et le droit des autres ? Comment, par exemple, concilier dans la pratique du suivi des jeunes et des familles, lautorité parentale avec le droit de lenfant tel quil est défini par la convention européenne ?
Quel positionnement de léducation populaire dans la politique publique daccès au droit ? Les associations déducation populaire ne veulent pas être instrumentalisées, ni se situer uniquement comme accompagnatrices des politiques publiques.
Quelle place pour les associations dans les dispositifs de laccès au droit ? Les associations se sentent sous-représentées dans ces dispositifs. Elles souhaitent que les institutions judiciaires ne considèrent pas léducation populaire comme un simple relais, mais comme un véritable partenaire.
ACCES AU DROIT : PANORAMA ET ENJEUX
La première partie de létude est consacrée aux définitions de laccès au droit, à la présentation des champs daction, des dispositifs existants et des acteurs professionnels et bénévoles ainsi que des enjeux actuels.
Les réponses à la demande daccès au droit sont aujourdhui à cheval sur trois logiques : celle du militantisme, celle du service public et celle du marché.
La diversité des acteurs de laccès au droit (avocats, magistrats, associations, travailleurs sociaux, structures commerciales ) ainsi que les différences de motivations, de cultures et de déontologies, retardent probablement lintégration des dispositifs aux pratiques professionnelles des acteurs locaux.
Parmi tous les intervenants cités par létude (professionnels du droit, agents daccès au droit, conciliateurs de justice, juristes bénévoles, administrations et collectivités territoriales), les associations sont un acteur majeur de laccès au droit.
Elles interviennent à différentes étapes :- linformation juridique ;
- le développement dune culture du droit et léducation à la citoyenneté ;
- la défense des droits fondamentaux ;
- la défense de droits spécifiques de catégories de personnes ;
- le militantisme pour la réforme du droit.
Elles offrent donc des réponses importantes et diversifiées, mais très peu coordonnées et dont lensemble est peu visible.
Létude met laccent sur laccès au droit dans sa vocation généraliste.
Le quartier est léchelle pertinente de la coordination opérationnelle, de larticulation entre intervention sociale et intervention juridique. Les équipements de proximité dont beaucoup relèvent de la politique de la ville jouent un rôle important. Doù le projet de la Mission régionale dappui Droit et ville de mettre en place des " relais daccès au droit " au sein de structures associatives du secteur social et socio-éducatif.
Sont analysées, dans leurs missions et leur fonctionnement, les Maisons de la Justice et du Droit, les antennes de justice, les Points daccès au droit, ainsi que les différents dispositifs communaux (contrats locaux de sécurité, conseils communaux de prévention de la délinquance, contrats de ville).
Une partie de létude est ensuite consacrée à laccès au droit dans ses missions spécifiques :- laide aux victimes, pour laquelle en Île-de-France le contrat de Plan Etat-Région a prévu dinjecter 20 millions de Francs pour financer des points daccueil et renforcer le rôle des associations auprès des unités médico-judiciaires.
- Laccès au droit des détenus, à partir de lexemple de ce qui est mis en uvre à Fleury-Mérogis.
La coordination sur laccès au droit est assurée au niveau départemental par les CDAD (conseils départementaux de laccès au droit). Créés par la loi du 18 décembre 1998, les CDAD sont des lieux de réseaux qui ont la possibilité de conclure des conventions avec des structures publiques ou privées oeuvrant dans le domaine de laccès au droit (les centres sociaux par exemple). Ils peuvent devenir linterface privilégiée entre le monde judiciaire et lunivers associatif.
Le rapport de la commission de réforme de laccès au droit et à la justice propose, dans ses conclusions, des instances de coordination régionale. La région est, en effet, dans ce domaine, un échelon de pertinence territoriale. Lexpérience de la mission régionale dappui Droit et ville, en Île-de-France, par le rôle de mobilisation, dimpulsion et de pilotage quelle joue, est significative à cet égard.Laccès au droit, indépendamment des questions de pouvoirs quil soulève au sein des instances judiciaires, comprend plusieurs enjeux qui relèvent des défis majeurs de notre époque :
- un enjeu de régulation sociale face au constat général daugmentation de la demande de droits et de changement de la place du droit dans notre société ;
- un enjeu de citoyenneté : règlement de la crise de confiance : réduire les écarts entre publics et institutions, améliorer limage de la justice auprès des citoyens, réduire les inégalités territoriales par rapport au droit ;
- un enjeu de sécurité : lutter contre la délinquance et contre le sentiment dinsécurité.
Pour Paul Bouchet, laccès au droit contribue à consacrer " le passage de la démocratie représentative à la démocratie participative ". Lexercice de droits devient une composante essentielle de la citoyenneté.
LIMPLICATION ASSOCIATIVE DANS LACCES AU DROIT
La seconde partie de létude pose la question de la place durable des associations dans la politique publique daccès au droit en cours de structuration.
Quelles associations ?
Pour quoi faire ?
Avec quelles compétences ?
Avec quels moyens et quels financements ?
Pour se repérer dans le paysage associatif de laccès au droit, létude distingue plusieurs approches, au travers des actions menées par les associations :- lapproche éducative : éduquer les personnes à repérer leurs droits et à les défendre ;
- lapproche politique : agir sur les institutions et les groupes dintérêt ;
- lapproche juridique ou technique : mettre les publics en contact avec des spécialistes du droit et de la justice ;
- lapproche sociale : médiation, accompagnement dans les démarches ;
- lapproche service public : mettre à disposition les outils et dispositifs existants, information et formation ;
- lapproche urbaine : dans le cadre de la politique de la ville.
Limplication associative est ensuite analysée à partir de quatre entrées :- territorialité ;
- champ de compétence propre ;
- inscription dans des réseaux ;
- source de financement et mode de gestion.
Le croisement des quatre entrées permet de proposer une typologie des associations actrices de laccès au droit, classées en six groupes :- les services aux publics ;
- le secteur humanitaire ;
- les associations locales ;
- les associations militantes du droit au droit ;
- les associations de défense de droits spécifiques ;
- le secteur judiciaire.
LAPPORT ORIGINAL DE LEDUCATION POPULAIRE
A partir dune analyse plus fine dune douzaine dassociations, présentées sous forme de fiches, létude livre un bilan de lexpérience de léducation populaire en matière daccès au droit en Île-de-France.
* Les réticences et les difficultés :- un défaut de visibilité des actions ;
- une ambivalence entre une logique de service public et le militantisme ;
- un positionnement difficile des acteurs : médiateurs à larticulation du social, du judiciaire et de ladministratif, ou " traducteurs du droit " dans le cadre dun accompagnement social et du tissage du lien social ?
* Les atouts des associations déducation populaire :- la proximité et le travail en réseau ;
- lapproche globale des personnes ;
- lunicité de lintervention et des intervenants, qui ne sont pas interchangeables ;
- lexpérience diversifiée de laccès au droit ;
- la priorité donnée à lapproche éducative ;
- des compétences sur lapproche sociale ;
- une capacité dobservation et dexpérimentation.
En conclusion : une volonté commune des têtes de réseau, relayée par des expériences de terrain diversifiées.
PRECONISATIONS
Létude sachève sur un certain nombre de préconisations quil appartiendra aux associations déducation populaire de débattre, dapprofondir et de mettre en uvre.
* Un texte commun de référence
Un texte, de type " charte de laccès au droit ", qui mettrait en évidence le lien entre accès au droit, citoyenneté et lien social, pourrait servir de fil conducteur à laction des associations et des intervenants.
* Une coordination régionale de limplication des réseaux dans laccès au droit
Sans créer une nouvelle instance, cette coordination pourrait être assurée par lARDEVA ou lune de ses associations membres. Dotée de moyens spécifiques, elle aurait pour mission :
- la mutualisation des connaissances et léchange dexpériences ;
- la définition de contenus de formation danimateurs ;
- la mise en place de pôles de compétences et doutils ;
- la mise en uvre dactions expérimentales et la recherche de partenariats nouveaux ;
- le lobbying pour le réseau.
* Un développement du partenariat et de la participation des associations déducation populaire aux instances de laccès au droit
- au niveau régional, renforcer le partenariat avec la mission dappui Droit et Ville ;
- au niveau départemental, renforcer la présence des associations (désignées par leurs pairs) dans les CDAD.
* Un développement des points daccès au droit au sein des associations
Selon des modalités adaptées à lobjet et au fonctionnement de lassociation, comme aux besoins des publics accueillis.
* Un développement du thème de laccès au droit dans les formations destinées :- aux jeunes ;
- aux animateurs ;
- aux agents daccès au droit ;
- aux acteurs de la politique de la Ville.
Il serait important également de prévoir une formation des professionnels de laccès au droit à la connaissance du mouvement associatif et de la vie associative.
* Une observation régionale et une expérimentation de diagnostics locaux partagés.
Cette fonction peut être assurée avec des partenaires régionaux : Conseil régional, services déconcentrés de lEtat, FAS régional, mission dappui Droit et Ville, mission régionale Ville
* Lélaboration dune boite à outils :- destinée à lensemble des intervenants ;
- modulable en fonction des publics touchés et des priorités ;
- utilisant les ressources déjà disponibles.
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©2001 ARDEVA
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